Titre Pollution et effet de serre : vrais liens et fausses idées

Des problématiques a priori différentes...

  • L'effet de serre naturel qui rend la Terre habitable est aujourd'hui modifié par les activités humaines. Ces activités émettent en effet dans l'atmosphère des gaz à effet de serre (GES) qui sont à l' origine de ce qu'on nomme le changement climatique. Observé à l'échelle de toute la planète, le dioxyde de carbone (CO2) est le principal représentant des GES, mais il n'est pas le seul : on peut aussi citer par exemple le méthane (CH4) ou le protoxyde d'azote (N2O) qui ont un pouvoir réchauffant supérieur au CO2.
  • Contrairement aux GES qui modifient le climat dans sa globalité, la pollution de l'air a un effet local direct sur la santé et sur l'environnement. Plusieurs polluants posent ainsi problèmes en Île-de-France, les principaux étant le dioxyde d'azote (NO2), les particules et l'ozone (O3).

... qui restent pourtant étroitement liées

  • Les GES et les polluants atmosphériques ont une source identique , puisque les activités humaines (transports, habitat, industrie, agriculture) en sont aujourd'hui les principales émettrices.
  • Ils ont également des effets imbriqués :
    - Certains polluants sont impliqués dans les deux phénomènes : l'ozone et les particules, par leurs propriétés physico-chimiques, agissent ainsi sur la pollution locale et sur le changement climatique.
    - Un phénomène d'entraînement entre le changement climatique et la pollution atmosphérique est également à l'œuvre : les canicules accentueront par exemple les problèmes de pollution atmosphérique ; c'est notamment le cas pour l'ozone, mais pas seulement.
    - La période de pollinisation devrait également durer plus longtemps provoquant des risques allergiques plus affirmés.
  • Des actions communes de réduction des émissions de ces polluants de l'air et du climat peuvent donc être envisagées :
    - La réduction de la consommation énergétique permet par exemple de progresser sur les deux plans, puisque elle engage de moindres émissions de polluants, en amont comme en aval.
  • De la même manière, la diminution des émissions de particules, et notamment de carbone suie, engendre des effets bénéfiques partagés : baisse de la pollution particulaire et moindre effet sur le changement climatique.
  • Certaines stratégies menées pour réduire le changement climatique peuvent en revanche avoir un impact négatif sur la qualité de l'air local.

De la nécessité d'une gestion intégrée

Certaines mesures en faveur de la limitation du CO2 peuvent se traduire par une augmentation des rejets d'autres polluants atmosphériques, par exemple :

  • L'utilisation de la biomasse, comme le chauffage au bois individuel, qui augmente les émissions de particules et de certains Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).
  • Les agrocarburants de 1ère génération, qui conduiraient à plus d'aldéhydes (notamment de formaldéhyde) et d'ozone dans l'air.
  • L'isolation thermique des bâtiments, sans ventilation correcte des bâtiments, sans ventilation correcte, qui peut conduire à une dégradation de la qualité de l'air intérieur où nous passons 80 % de notre temps.
  • Le bonus-malus n'est actuellement calculé qu'à partir des émissions de CO2 et favorise donc des véhicules qui peuvent être plus émetteurs de particules et d'oxydes d'azote.

Vers des politiques intégrées pour un bénéfice sur les deux fronts

La reconnaissance des effets de la pollution atmosphérique sur la santé et sur l'environnement dans les années 1960 a permis la mise en place de sa surveillance et des réglementations associées. Le constat, puis l'analyse, du changement climatique induit par les activités humaines est lui plus récent. Il focalise désormais toutes les attentions et tend à éclipser le problème pourtant toujours persistant de la qualité de l'air respiré par les populations : près de 3 millions de Franciliens sont soumis à un air qui ne respecte pas la réglementation.

Ces deux problématiques demeurent très souvent traitées de manière indépendante, alors que la nécessité d'une approche coordonnée est clairement démontrée :

  • Rapport de l'Agence européenne de l'environnement : « Politique atmosphérique et changement climatique en Europe : exploration des liens et de la valeur ajoutée d'une approche intégrée » (2004).
  • Recommandations de la Stratégie thématique sur la pollution atmosphérique européenne (2005).
  • Rapport Richert sur les dix ans de mise en œuvre de la Loi sur l'air : « Qualité de l'air et changement climatique, mêmes enjeux, même urgence » (2007).
  • Travaux de l'International institute for applied systems analysis (IIASA) : analyse des effets et des coûts de stratégie intégrées afin d'identifier les synergies ou les actions contre-productives entre les deux phénomènes.
  • Une seule solution gagnante sur les deux tableaux :

Seules les baisses de consommation d'énergie permettent de gagner sur les deux tableaux. Réduction de la vitesse sur la route, abaissement de la température des logements, limitation des engrais azotés en agriculture, rationalisation de la consommation énergétique… sont autant d'actions à engager qui réduisent les émissions de CO2 et de polluants atmosphériques. Un véritable travail pédagogique est à engager sur ces questions qui, en plus de bénéficier à l'environnement, permettent de réelles économies pour les ménages et les entreprises.

Airparif surveille les polluants atmosphériques et les gaz à effet de serre en Île-de-France

Le suivi des gaz à effet de serre (GES) se fait principalement en évaluant leurs émissions (quantité de gaz rejetée dans l'atmosphère), plutôt que leurs concentrations (quantité de gaz présente dans l'air ambiant) compte tenu de certaines exigences méthodologiques. Airparif réalise à cet effet un inventaire des émissions, aussi bien pour les polluants atmosphériques que pour les principaux gaz à effet de serre. Il permet de connaître la répartition géographique de ces émissions, leur évolution dans le temps, et la responsabilité des différentes sources.

Cet inventaire des émissions est un outil précieux pour identifier les sources de polluants sur lesquelles les actions de réduction de la pollution seraient les plus efficaces et pour tester des scenarii de réduction prenant en compte ces deux problématiques.

Trois sources principales

Il existe trois sources majeures d'émissions de polluants atmosphériques et de GES en Île-de-France :

  • Le secteur résidentiel et tertiaire.
  • Les transports.
  • L'industrie.

Répartition (en %) des émissions annuelles de polluants en Île-de-France par grands secteurs d'activité
(Émissions directes de la région uniquement, hors puits et GES produits par la consommation d'électricité)
Source : Inventaire des émissions 2012, Airparif

Le trafic routier représente un tiers des rejets de GES, plus de la moitié des rejets d'oxydes d'azote (NOx), plus d'un quart des émissions de particules PM10 et plus d'un tiers des émissions de particules PM2,5 et 14 % des émissions d'hydrocarbures (COVNM).

Le secteur résidentiel et tertiaire (chauffage essentiellement) est la première source de GES (plus de 40 % des émissions) et pèse environ 20 % des rejets d'oxydes d'azote (NOx), un quart des émissions de particules PM10 et près de 40 % des PM2,5 et 30 % des émissions d'hydrocarbures (COVNM).

Enfin, les industries (industrie manufacturière, production d'énergie, chantiers et traitement des déchets) jouent un rôle non négligeable sur les deux tableaux, avec plus de 20 % des rejets de GES, 15 % des rejets d'oxydes d'azote, 22 % pour les PM10 et 15 % pour les PM2,5. On peut également mentionner le dioxyde de soufre(SO2) dont les industries sont la première source, mais qui ne pose plus de problème en Île-de-France.

Ces trois sources majeures engendrent des rejets de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques plus importants dans l'agglomération parisienne compte tenu de la densité de ses activités et de l'habitat, mais aussi le long des grands axes routiers (voir cartes ci-dessous). La densité des émissions de polluants dans l'agglomération par km² est extrêmement élevée, comparée à d'autres régions, mais la quantité émise par habitant est en revanche plutôt plus faible.

Densité des émissions de polluants en 2012 en Île-de-France
Source : Airparif

  • Synthèse téléchargeable « Gaz à effet de serre et polluants atmosphériques, vrais liens et fausses idées » Airparif Actualité n°33 ( pdf - 1 113 ko - Octobre 2009)