détail d'une actualité Matinale AIRLAB : « SARS-COV-2, un polluant de l’air ? »

Le jeudi 10 décembre 2020

Le SARS-COV-2, virus responsable de la COVID-19, est-il un polluant de l'air ?

  • Que savent les scientifiques sur la transmission aéroportée et ses conséquences sanitaires ?
  • Comment mesurer dans l'air les aérosols porteurs du virus ?
  • Quelle est l’efficacité des solutions de protection individuelle et quelles sont les solutions de remédiation en air intérieur ?

Voilà les points centraux qui ont été discutés lors de la matinale du 8 décembre organisée par AIRLAB, l'accélérateur de solutions pour l'air d'Airparif et ses partenaires, avec la collaboration du DIM QI2, réseau de recherche sur la qualité de l’air en Île-de-France.

L’année 2020 a sans conteste été marquée par une crise sanitaire sans précédent, dans laquelle les enjeux de qualité de l’air ont joué un rôle à plusieurs titres. Au-delà de l’impact des mesures de confinement sur la qualité de l’air, avec des baisses d’émissions de polluants atmosphériques inédites en Île-de-France comme dans de nombreuses régions du monde, le rôle joué par la pollution de l’air dans l’épidémie actuelle, ainsi que la question d’une possible transmission par aérosols, sont des questions de santé publique majeures. Les enjeux de métrologie du virus et les solutions de remédiation en air intérieur, doivent également être investigués à un moment où la lutte contre l’épidémie se poursuit.

C’est dans ce contexte qu’Airparif, via AIRLAB, a souhaité organiser cette matinale, afin de contribuer à éclairer la décision publique à partir des dernières connaissances scientifiques. Les principaux enseignements des différentes interventions sont résumés ci-dessous :

  • Sabine HOST, épidémiologiste à l’Observatoire Régional de Santé d’Île-de-France, a présenté une revue de la littérature scientifique sur les liens entre COVID-19 et qualité de l’air. Même si certains mécanismes sont à approfondir, la pollution de l’air peut être considérée comme un facteur d’aggravation de l’épidémie de COVID-19, du fait de son rôle dans la survenue et l’amplification de pathologies chroniques qui constituent des comorbidités face au virus, mais également de son rôle dans l’affaiblissement et le dysfonctionnement du système immunitaire. Une équipe de chercheurs a ainsi estimé qu’environ 19 % des décès liés à la COVID-19 en Europe pouvaient être attribués à la pollution de l’air (contre 27% en Asie orientale et 17% en Amérique du Nord) (Pozzer et al. 2020). En revanche, le rôle de vecteur de la pollution particulaire reste à investiguer, la charge virale retrouvée dans ce cas n’étant pas considérée comme suffisante pour entraîner une infection. La voie de transmission du virus par aérosol est elle de plus en plus documentée, et présente des enjeux spécifiques en milieux clos.
  • Jean-François DOUSSIN, chimiste de l’atmosphère et spécialiste des aérosols (CNRS/LISA, membre du groupe Allenvi) a présenté ses recherches sur l’aérosolisation des virus. Ainsi, si l’importance de la contamination aéroportée à longue distance (>6m) au SARS-COV-2 n’a pas été démontrée de manière absolue, la recherche a accumulé un faisceau d’indices concluant au cours de ces derniers mois. La transmission aéroportée fait d’ailleurs l’objet de davantage de recherche que les autres modes avérés de contamination (par exemple la contamination par contact). En ce qui concerne l’hypothèse selon laquelle la pollution particulaire pourrait jouer un rôle de vecteur dans la propagation du virus, elle n’est pas cohérente avec les lois physiques qui régissent le comportement des aérosols. En effet, le virus n’a pas besoin de « monter à cheval » sur la pollution particulaire, puisque d’une part il est déjà à « cheval » sur d’autres types d’aérosols, et que d’autre part il irait plus vite et plus loin en se déplaçant seul et « nu ».
  • David LE DUR, PDG de l’entreprise ADDAIR, a présenté plusieurs outils de métrologie des aérosols. Ces outils permettent de caractériser l’ensemble des polluants, virus, bactéries… présents dans l’air, et donc de tester et de valider les différentes barrières de filtration mises en place pour protéger les populations face à l’épidémie de COVID-19, et notamment les masques. Une méthodologie de métrologie innovante, le Resp-Aer-Meter, a également été développée afin d’évaluer les taux d’exhalation particulaire de personnes (saines, infectées mais asymptomatiques, infectées et symptomatiques) et ainsi mettre en évidence l’existence de « super émetteurs » au fort taux d’exhalation d’aérosols du SARS-COV-2.
  • Soleiman BOURROUS et François-Xavier OUF, experts aérosols à l’Institut de Radioprotection et de Sécurité Nucléaire, ont présenté des développements expérimentaux visant à caractériser les performances de filtration des masques « grand public » dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de COVID-19. L’efficacité de ces masques est évaluée selon deux critères principaux : la perméabilité, qui va définir le degré de respirabilité du masque et donc son confort d’utilisation ; et l’efficacité de filtration, qui va déterminer la capacité du matériau à retenir les particules émises. Plusieurs exercices de comparaison inter-laboratoire ont donné des résultats similaires : les performances des masques tissés et mixtes en termes de filtration diminuent en dessous de 3 µm ; les matériaux non-tissés (dits « masques chirurgicaux »), eux, retiennent généralement plus de particules que les matériaux tissés. Cependant, il est nécessaire de poursuivre les réflexions sur la définition des spécifications pour les masques « grand public » (par exemple sur l’efficacité de filtration sur les particules inférieures à 3 µm) tout en gardant à l’esprit qu’une efficacité de filtration plus élevée peut avoir comme effet indésirable une moins grande respirabilité et un risque de fuite.
  • Fabien SQUINAZI, médecin biologiste, Haut Conseil de la Santé Publique a présenté l’avis du HCSP sur l’aération, la ventilation et l’épuration de l’air intérieur dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. La présence du virus sous forme aérosolisée dans les espaces clos étant avérée, la question du renouvellement de l’air des locaux est cruciale pour lutter contre la propagation du virus. L’aération régulière et le bon fonctionnement du système de ventilation contribuent par dilution à renouveler l’air intérieur et à éliminer les particules virales infectieuses. L’efficacité de cette mesure barrière dépend de l’entretien et du suivi des équipements techniques de ventilation, de chauffage et de climatisation. Concernant les systèmes d’épuration de l’air intérieur, leur efficacité, mais également leur innocuité, restent à prouver. Les performances de ces dispositifs dans la lutte contre l’épidémie de COVID-19 doivent être évaluées en conditions de laboratoire, mais aussi est surtout en conditions réelles d’utilisation.

Cette matinale a réuni plus de 200 participants de tous horizons – universités et centres de recherche, collectivités territoriales, ministères, agences publiques, entreprises, associations, acteurs économiques, médias et les autres Associations agréées de Surveillance de la Qualité de l’Air (AASQA), homologues d’Airparif.

L’organisation de ce type d’évènements est au cœur des missions d’AIRLAB, plateforme d’innovation ouverte, qui vise à promouvoir les échanges et le partage des connaissances  entre les chercheurs, les décideurs, les acteurs économiques et associations citoyennes. AIRLAB a pour objectif final d’aller plus vite et loin dans amélioration de la qualité de l’air à Paris et en Île-de-France, grâce à l’innovation.

➡️ La prochaine matinale AIRLAB portera sur le thème suivant : « L’hydrogène énergie, vecteur d’amélioration de la qualité de l’air ? ». 

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