détail d'une actualité Bilan du second épisode de pollution à l’Ozone

Le vendredi 26 juillet 2019

Les chiffres de cet épisode

L’Île-de-France a connu son second épisode de pollution de plusieurs jours dû à l’ozone (O3) en moins d’un mois, du lundi 22 au jeudi 25 juillet. À l’instar d’autres régions, les températures caniculaires, associées à un très fort ensoleillement, ont été propices à la fabrication d’ozone à partir de polluants émis directement sur la région.

Le seuil d’information et de recommandations (180 µg/m3 sur une heure pour l’ozone) a été dépassé le lundi 22, le mardi 23 et le jeudi 25 juillet. Le seuil d’alerte (240 µg/m3 sur une heure pour l’ozone) a été dépassé le mercredi 24 juillet.

De fortes concentrations en particules PM10 ont également été mesurées du fait d’une remontée de sables sahariens couplée à une production locale de particules. Un dépassement du seuil d’information et de recommandations (50 µg/m3 en moyenne journalière pour les PM10) a même été constaté pour la journée du 25 juillet.

L'épisode résumé en cartes

Évolution de l'épisode d'ozone de fin juillet 2019

Cet épisode de pollution à l’ozone a atteint son paroxysme mercredi 24 juillet, avec un maximum de 251 µg/m3 sur plus de 100 km² en Île-de-France, du fait des températures exceptionnellement chaudes (39 °C) couplées à une vitesse de vent faible et une recirculation de masses d’air déjà polluée. Jeudi 25 juillet, où les 42 °C ont été dépassés, de très fortes concentrations en ozone ont été observées (plus de 10 % de la population du Val-d’Oise [95] a été exposée à un maximum de 209 µg/m3).

L’arrivée de perturbations dans la journée de vendredi 26 juillet avec des précipitations, un passage en flux d’ouest avec des vitesses de vent plus importantes devrait permettre de ramener les concentrations en O3 sous le seuil d’information et de recommandation.

Comparaison avec d’autres épisodes d’ozone en condition de canicule

Niveaux atteints ces dernières années

Les observations les plus hautes pour l’Île-de-France ont été atteintes le 12 juillet 1994 avec une valeur horaire record en zone rurale de 357 μg/m3. À titre de comparaison, le 8 août 2003, jour de l’épisode le plus intense de cet été, les valeurs maximales ont atteint 282 μg/m3 en zone rurale sud-ouest (forêt de Rambouillet) et sur la station des Ulis (91). Ces dernières années, des pics de pollution à l’ozone ont été régulièrement observés. Lors de l’épisode de pollution de fin juillet 2018, le niveau le plus élevé était de 238 μg/m3 en moyenne sur une heure[1] (jeudi 26 juillet 2018). Pour rappel, le maximum sur l’épisode de cette semaine est de 251 µg/m3 (mercredi 24 juillet)

Record du nombre de jours d’épisode : 2003

Les niveaux d’ozone varient d’une année sur l’autre en fonction des conditions estivales qui sont déterminantes comme le montre le graphique ci-dessous avec un nombre record de 19 jours d’épisodes de pollution à l’ozone en 2003, et en particulier en août lors de la canicule. À l’inverse, le peu d’épisodes en 2002, 2004 ou 2008 s’explique par des étés pluvieux et venteux.

Nombre de jour de dépassement des seuils de 1998 à 2018

Évolution du nombre de jours de dépassement des seuils réglementaires par polluants de 1998 à 2018

Changement climatique et pollution à l’ozone  

L’ozone est le seul polluant pour lequel les tendances annuelles ne montrent pas d’amélioration, mais sont au contraire en augmentation, notamment à l’échelle de tout l’hémisphère Nord. Les niveaux d’ozone estivaux dans les projections du climat dans le futur sont similaires à celles rencontrées lors de l’été exceptionnellement chaud et sec de 2003 en Europe. Les simulations suggèrent que dans les conditions futures du climat, l’ozone estival pourrait poser une menace sérieuse pour la santé humaine, l’agriculture et les écosystèmes naturels en Europe.

Comment limiter la formation de l’ozone et pourquoi agir sur les émissions du trafic

L’ozone se forme par réaction photochimique des polluants et cette production est d’autant plus importante en situation de canicule, sous l’action des rayons du soleil. Ce polluant est dit « secondaire », c’est-à-dire qu’il n’est pas émis directement dans l’atmosphère. Il provient de la transformation chimique d’autres polluants comme les oxydes d’azote (NOx) et les Composés organiques volatils (COV). Ces polluants « primaires » sont majoritairement issus le trafic routier en Île-de-France, pour les COV, ils proviennent de plusieurs sources et principalement des industries, des solvants et peintures (utilisés tant par les entreprises que les particuliers), du trafic routier (majoritairement les deux roues) et de certains végétaux. À ces sources d’émission s’ajoutent des imports en provenance d’autres régions ou d’autres pays. La source principale d’émissions est le trafic routier 54 % des émissions d’oxydes d’azote (NOx) sont dues au trafic routier dans la Métropole du Grand Paris, secteur également responsable d’une part importante des émissions de particules (29 et 30% des PM10 et PM2,5 au toujours sein de la Métropole).

Diminuer les émissions des polluants primaires 

Dans ces conditions d’épisode, les autorités mettent en place des mesures visant à agir sur les sources de précurseurs de l’ozone sur la base des prévisions d’Airparif. Ces décisions sont de plusieurs ordres.

  • La Préfecture de Police décrète des mesures d’urgence concernant notamment le trafic routier (comme la mise en place de la circulation différenciée pour les crit’air 3, 4, 5 et non classés) et des mesures à destination des industriels.
  • Des mesures complémentaires peuvent être prises dans certaines villes, comme Paris, telles que la gratuité du stationnement résidentiel.
  • Île-de-France mobilité peut mettre en place sur la même période le « forfait journalier antipollution », un titre de transport à tarif réduit valable pour la journée et sur l’ensemble de l’Île-de-France.

Elles peuvent également être portées par d’autres acteurs :

  • Les acteurs économiques peuvent s’inscrire dans une démarche de responsabilité sociétale dont un axe vise à diminuer l’empreinte de l’entreprise sur l’écosystème et l’exposition des populations à commencer par leurs salariés.
  • Les citoyens qui constituent l’un des leviers de cette amélioration en veillant à respecter les mesures mises en place et à diminuer leur exposition et celles de leurs proches.

Les effets positifs de ces mesures

Différents scénarios modélisés par Airparif ont permis de mettre en évidence qu’en agissant sur les sources de pollution ont réduit les émissions des précurseurs de l’ozone sur la région Île-de-France et plus particulièrement sur le cœur dense de l’agglomération parisienne. Par ailleurs, les mesures prises à l’occasion des épisodes de pollution présentent des co-bénéfices pour d’autres polluants comme les particules. À titre d’exemple les études pour la Ville de Paris et la Métropole du Grand Paris destinées à éclairer les décideurs publics ont permis de montrer les bénéfices des mesures de réduction de circulation des véhicules les plus polluants, dans le cadre de la mise en place de zones de faible émission (ZFE).

A la différence des mesures d’urgence, les ZFE sont des mesures permanentes qui visent à diminuer la pollution chronique. Mais leur principe est le même que la circulation différenciée, mise en œuvre pendant 3 jours par le Préfet de Police, pour limiter l’intensité de cet épisode de pollution en agissant sur les précurseurs d’ozone, et sur les particules.  A ce stade, les vignettes crit’air concernées par ces mesures d’urgence sont plus importantes (interdiction jusqu’à crirt’air 3 inclus) que pour les ZFE : jusqu’à crit’air 5 pour la métropole et jusqu’à crit’air 4 pour Paris (depuis le 1er juillet 2019). Les illustrations ci-dessous montrent les bénéfices évalués par Airparif en termes de diminution d’émission de polluants pour la ZFE métropolitaine selon différents scenarii prospectifs, notamment jusqu’à crit’air 3 inclus. 

Bénéfices attendus sans crit'air NC et 5 zone intra A86

Bénéfices attendus sans crit'air NC, 5 et 4 zone intra A86

Bénéfices attendus sans crit'air NC, 5, 4 et 3 zone intra A86

Effet sur les baisses d’émission et l’exposition des personnes associée à la mise en place de la Zone à faible émission de la Métropole du Grand Paris selon différents scenarii.

 

 


[1] Dans les conditions de l’arrêté inter préfectoral



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